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Fiche de connaissances

LES ÉRICACÉES : CES GRANDES BEAUTÉS DU PARC NATIONAL DES GRANDS-JARDINS

Les plantes de la famille des éricacées produisent des fleurs magnifiques, de vrais petits bijoux. Dès le début de juin et jusqu'à la fin de l'été, il est possible d'observer, dans le parc national des Grands-Jardins, les fleurs de l'une ou l'autre des espèces qui y sont présentes.

Kalmia à feuilles étroites

Au Québec, cette famille comporte 49 espèces, réparties en 24 genres. Dans le parc, le visiteur aguerri peut en admirer une quinzaine. Les éricacées appartiennent principalement aux régions boréales et tempérées. Elles poussent dans les sols tourbeux et préfèrent les milieux acides, bien présents dans le parc.

Parmi les représentants les plus faciles à observer, on trouve le Kalmia à feuilles étroites (Kalmia angustifolia). Avec ses belles fleurs roses en forme de soucoupe, il couvre de grandes superficies.

Le thé du Labrador (Rhododendron groenlandicum), dont la face inférieure des feuilles est couverte de duvet blanc, abonde également. On l'observe dans la pessière à mousse et la taïga.

Les airelles (Vaccinium sp.), mieux connues pour leurs petits fruits bleus (bleuets) ou rouges (canneberges), gravissent des montages et se retrouvent jusqu'au sommet du mont du Lac des Cygnes.

Thé du Labrador
Airelle à feuilles étroites

D'autres espèces d'éricacées se font beaucoup plus discrètes. Par exemple, la pyrole à une fleur (Moneses uniflora) forme une rosette de feuilles près du sol et produit une seule fleur blanche à cinq pétales. On la retrouve, telle une étoile solitaire, au cœur de la forêt boréale. La Gaulthérie hispide (Gaultheria hispidula) est une autre plante ligneuse et réservée. Elle fréquente les milieux humides du parc et possède des tiges rampantes et des feuilles ovales de moins de 1 cm de longueur. Ses fleurs solitaires donnent de petits fruits blancs comestibles.

Pyrole à une fleur
Gaulthérie hispide

Une autre beauté du parc est sans contredit l'Andromède glauque (Andromeda polifolia var. glaucophylla), qui charme tous les passants avec ses petites fleurs rosées en forme de clochettes. On la retrouve presque exclusivement dans les tourbières, près des cours d'eau. La Cassandre caliculée (Chamaedaphne calyculata) lui vole parfois la vedette avec sa série de 8 à 20 fleurs blanches immaculées, toutes disposées du même côté, au bout des branches. On la trouve surtout en bordure des lacs.

Les éricacées sont des plantes attrayantes et très bien adaptées au climat nordique. Alors, pour votre plus grand plaisir, lors de vos prochaines randonnées portez une attention aux éricacées… tout en demeurant dans les sentiers!

Andromède glauque
Cassandre caliculée

LES ÉRICACÉES ET L'ÉPINETTE NOIRE : LE COMBAT APRÈS FEU!

Le thé du labrador et le kalmia à feuilles étroites sont des espèces normalement présentes dans les forêts d'épinettes noires. Cependant, lorsque survient un feu, ces deux espèces réagissent de façon énergique à l'ouverture du couvert forestier et prennent parfois toute la place! C'est ce qui s'est passé dans le parc national des Grands-Jardins.

Le thé du labrador possède des rhizomes (tiges souterraines) bien enfouis, qui survivent aux feux de forêt. Après un feu, il se régénère rapidement et fait compétition aux jeunes épinettes. Le thé du labrador forme alors un vaste réseau de racines et s'accapare les nutriments du sol. Ce faisant, il s'associe à des champignons mycorhiziens, ce qui lui permet d'assimiler l'azote organique du sol. Les épinettes noires ne sont pas capables d'assimiler l'azote sous cette forme et souffrent alors du manque de nutriments.

Lande à éricacées

Le kalmia à feuilles étroites fait également compétition aux épinettes noires après un feu de forêt. Cette espèce possède des rhizomes rampants et peut dominer le milieu grâce à ses feuilles toxiques. Celles-ci contiennent de l'andromédotoxine, une substance dangereuse pour les animaux et les hommes. Cette substance a également un effet allélopathique : une fois au sol, les feuilles du kalmia se décomposent lentement et sécrètent la toxine, ce quiinhibe la germination et le développement des racines primaires des plantules. Les graines provenant des cônes d'épinettes ont alors beaucoup de difficulté à germer et à se développer dans un milieu rapidement conquis par le kalmia à feuilles étroites. La régénération de la forêt boréale est alors compromise.

C'est ce qui s'est déroulé dans le parc national des Grands-Jardins. Le thé du labrador et le kalmia à feuilles étroites ont limité la régénération et la croissance des épinettes noires après les feux de 1991 et de 1999. Il en résulte la formation de landes à éricacées qui peuvent demeurer sans couvert forestier pendant très longtemps. Ces milieux sont beaucoup moins productifs que la forêt initiale. La biodiversité de la faune et de la flore y est restreinte. Cependant, les landes à éricacées du parc ont fait l'objet de plusieurs études et nous permettent de mieux comprendre la dynamique de ces espèces avant et après feu.